Les agglomérés de mâchefer

Un texte de Gabriel Pagnerre cité dans le rapport de fin de stage de Nathalie Ponchel (janvier 1987)

AGGLOMERES DE MACHEFER

Le Crédit Mobilier de Lille refuse catégoriquement d'employer les blocs agglomérés de ciment pour la construction des habitations à bon marché. Il y a là un parti pris qui prouve que ce matériau n'est pas apprécié à sa juste valeur. C'est pourquoi, je crois faire œuvre utile en prenant sa défense par l'exposé qui va suivre et où je me suis appliqué à n'appuyer mon opinion que sur des données techniques rationnellement interprétées. Quelques-uns de mes camarades de la Société Française des Architectes ont visité avec moi récemment, l'Usine d'agglomérés de M. Delcourt, ingénieur I.D.N., à Sequedin.


Nous avons été émerveillés de la perfection de sa fabrication et de la qualité des matériaux produits.

Il s'est rencontré des agglomérés défectueux, nul ne songe à le contester. Mais la mauvaise brique est beaucoup plus fréquente. D'autre part, le prix de la brique devient de plus en plus inabordable. 


Le temps n'est pas loi où les constructeurs renonceront au préjugé de la brique et à l'obsession du mur de 0.34, où le mur portant fera place au poteau. L'ossature monolithe en B.A. à résistance précise et mathématique se prête avec souplesse à tous les efforts. Elle est comparable au squelette des êtres inanimés et appelle un matériau de remplissage d'un type nouveau dont les qualités principales seront la légèreté, l'isothermie et l'hydrofugie.


Or, le parpaing de mâchefer recouvert d'un enduit de ciment de 2 centimètres répond parfaitement à ces conditions. J'ai eu l'occasion, au cours de voyages d'études en Allemagne et en Hollande, d'examiner comment on l'emploie, et quel usage considérable, on en fait.


Il est utilisé pour les constructions les plus importantes par des architectes dont les noms seuls sont une référence mondiale: W. Gropius, Hannes Meyer, Mies Van der Rohe, Hilberseimer, Ernst May, Bruno Taut, Franc Weber, etc...


Il en est résulté que la fabrication des parpaings s'est intensifiée, industrialisée et perfectionnée dans ces pays où les organisations sont si grandioses et si intelligentes.


Deux techniques sont employées en Allemagne pour l'utilisation des parpaings perfectionnés: D'une part, le bloc avec assemblage, les dispositifs creux; d'autre part, le parpaing creux. On emploie également la plaque parpaings 3m. + 1.50 en 10 cm. en double cloison, avec matelas d'air de 5 à 10 cm. Jamais, je n'ai entendu articuler le moindre reproche contre les agglomérés de mâchefer ainsi utilisés.


Au Bauhaus de Dessau, en 1927, j'ai entendu une conférence de Hannes où il traitait de l'utilisation du béton de mâchefer considéré au point de vue de son intérêt social. Il citait notamment, l'opinion de M. Rabut, inspecteur général des Ponts et Chaussée en France, qui a établi par des études minutieuses et des calculs précis que le béton de mâchefer est généralement plus résistant, à dosage égal, que le béton de gravier.


D'ailleurs, ne tombe-t-il pas sous le sens de tout technicien averti que la résistance d'un béton de mâchefer à 200 kg de Portland, et mécaniquement comprimé à forte pression, ne peut être que supérieure à celle de la brique ?


Une preuve décisive du parti que l'on peut tirer des agglomérés de mâchefer est fournie par l'usage exclusif qui en a été fait pour l'exposition de Stuttgart, en 1927. Le retentissement de cette innovation fut considérable, car elle marque le point de départ d'une nouvelle technique allemande qui a permis de réaliser un programme d'une ampleur telle, que le programme Loucheur n'est à ses côtés qu'un timide essai.


Je me propose de revenir dans un prochain article sur ce point de vue. En attendant, je ne saurais trop recommander à ceux de mes confrères qui boudent les méthodes modernes d'aller visiter le nouveau Berlin-Friednau et les quartiers les plus récemment bâtis de Francfort-sur-le-Mein. Ils renonceront à leurs partis pris.


Gabriel PAGNERRE.