LE CINEMA LE MONDIAL


Le cinéma Le Mondial 90 rue Racine à Lille

Le cinéma Le Mondial situé à Wazemmes a été construit par l'architecte Gabriel Pagnerre. C'est un des superbes exemples de construction publique de cet architecte qui soit parvenue jusqu'à nous. Deux des trois bâtiments sis à Halluin : L'école du Colbras et le dispensaire ont été détruit. La Maison du Peuple bâtie également à Halluin est toujours debout ... malgré un désintérêt des responsables. De même un atelier situé à Lille a été démoli pour laisser place à la voie rapide urbaine (Pont du Lion d'Or). Il subsiste heureusement une école à Saint-Pol-sur-Mer, l'école Jean Jaurès située rue Gittinger et qui est de la même époque que l'école d'Halluin (1932). A noter aussi des Bains-douches à Villeneuve d'Ascq et à Hellemmes, un ancien négoce de vins à Mons-en-Barœul, une ancienne tannerie à Marcq-en-Barœul et un cirque-théâtre / cinéma à Tourcoing.




Ci-dessus : Francis (descendant de l'architecte) et Monique Pagnerre devant le cinéma Le Mondial à Wazemmes. Ci-dessous : Avec Jacques Desbarbieux au centre.





Ci-dessus la plaque de l'architecte, enduite de peinture, et ci-dessous un des beaux sgraffite qui a survécu aux agressions.



Les Ambassadeurs de Wazemmes ont publié ce document sur leur site



Un chercheur au CNRS, qui nous avait contacté, a publié un ouvrage répertoriant les salles de cinéma. Nous lui avons fourni de la documentation qui figurent dans son ouvrage.

Merci à Monsieur Olivier Joos qui nous permets de reproduire la page de son site consacré au cinéma Le Mondial construit par Gabriel Pagnerre.



Olivier Joos devant le cinéma Le Mondial de Gabriel Pagnerre


Dans cette liste, des premiers cinémas construits à Lille, sont cités par Didier Granval,  deux constructions de Gabriel Pagnerre : Le Mondial Cinéma au 90 rue Racine et les Variétés Fivoises au 2 rue de Bouvines. Un troisième cinéma, également du même architecte, a fonctionné dans le Cirque Hippodrome de Tourcoing.


Didier Granval, co-auteur avec Olivier Joos du livre sur les cinémas du Nord et Pas-de-Calais


Situé au 90 rue Racine dans le quartier populaire de Wazemmes, le Mondial a été l'une des plus belles salles de la région. L'architecture tant intérieure qu'extérieure est originale et la façade a (pour l'instant) été conservé. C'est un véritable lieu de mémoire pour les habitants du quartier et il est étonnant que pour l'instant, le bâtiment n'est pas revenu à sa fonction originelle, proposer du cinéma dans un quartier où il ne souffrira d'aucune concurrence. 

Il est à signaler que ce cinéma est l'un des premiers construits pour faire strictement du cinéma dans la région. En effet, à la Belle Epoque, les cinémas fixes sont uniquement des créations antérieures à l'arrivée des images animées. Il s'agit d'un théâtre transformé (comme à Lens) ou de l'utilisation d'un cirque en dur, d'un bâtiment qui, à l'origine, n'était pas prévu pour faire cinéma. 

Pour le Mondial, c'est différent, et c'est en cela qu'il est aussi originale. Il est construit pour le cinéma, à une époque où on ne construit pas, ou très peu en ce qui concerne la région Nord-Pas-de-Calais, pour recevoir des spectacles de cinéma. Lors de sa construction, il est même l'un des plus vastes de Lille. Les rangées de bancs disparaitront par la suite remplacées par des fauteuils individuels à claquette. Dans les années 20, il semble qu'il est divisé en deux salles : un cinéma et un café pour la vente de boissons, qu'avait certainement oublié l'architecte lors de sa création. Celui-ci, Gabriel Pagnerre, est un des rares architectes de cinéma de cette époque que nous connaissons. Malheureusement pour notre sujet d'étude, le Mondial est son seul cinéma. Il est intéressant de noter également que le Mondial a été une exception dans le paysage de l'exploitation cinématographique sur Lille, voir même dans le reste de la région car il proposait deux programmes par semaine : l'un du mardi au jeudi, et le second du vendredi au lundi, attirant par cela deux fois plus de clientèle alors que d'ordinaire, les programmes ne restent à l'affiche qu'une semaine, changeant surtout le vendredi, les films passant ainsi des salles d'exclusivité au salles de quartier puis aux salles rurales, usant les copies... Comme toutes les salles de quartier, le Mondial est un pôle de la vie locale, un lieu où l'on se retrouve. Ancienne habitante, Janine Vanquatem se souvient : « Je suis allée, chaque dimanche, avec mes parents, durant des années au cinéma Mondial place Virginie Ghesquières, que l'on appelait à l'époque Place Verte dans le quartier de Wazemmes à Lille. Nous y avions toujours les mêmes places, puisque c'était un abonnement, j'ai vu des tas de films, le meilleur moment aussi, il ne faut pas l'oublier, c'était le moment de l'entracte, où l'on vendait des "petites souris en chocolat", des "Chupéta glacés au chocolat"


Voici un extrait issu des pages 158 et 159 de l'ouvrage de Jean-Jacques Meusy consacré aux cinémas de la Belle Epoque. L'historien, chercheur au CNRS, consacre un paragraphe au Mondial dans lequel il décrit notamment la salle à l'aide d'une carte postale reproduite ci-dessus.



« Le Mondial Cinéma se trouvait à Lille-Wazemmes, au 90 de la rue Racine. Wazemmes est un ancien village situé à un kilomètre du centre de Lille (217807 habitants en 1911) qui fut rattaché à cette ville sous le Second Empire. C'était un quartier populaire, ouvrier même, avec ses brasseries et ses filatures. Le raffinement du Mondial, dû à un talentueux architecte local, Gabriel Pagnerre, n'est est que plus surprenant. La salle était vaste (1020 places) et conçue comme un music-hall avec ses promenoirs. Le parterre, apparemment dépourvu de déclivité, n'était pas très favorable à une vision aisée de l'écran, quoique celui-ci ait été placé légèrement en hauteur. Les fauteuils du balcon faisaient face à la scène, mais il n'en était pas de même pour les loges. Reconnaissons que, malgrè l'absence de symétrie à droite, le galbe des balustrades, formant des vagues successives, était d'un fort bel effet. A droite de la scène, un grand meuble de bois semble être un orchestrion. De chaque côté de la scène étaient peintes avec talent et dans un style très dépouillée de jeunes danseuses. Au-dessus de l'écran, les lettres entrelacées « MC » n'étaient autres que les initiales de l'établissement. Couronnant le cadre de scène, masques et flûte de pan en bas-relief évoquaient plutôt la tradition théâtrale que le cinéma. Au-dessus encore, peint sur l'arrondi de la voûte, un homme dans un canot pagayait sur des flots houleux où l'inscription « Mondial cinéma » épousait le mouvement des vagues. Au bord du rivage, deux femmes paraissaient jouer de la musique... Même si elle tenait peu compte des contraintes propres au cinéma, la conception esthétique générale de la salle semblait marquée par les idées modernistes que professait Gabriel Pagnerre. Ce dernier construisit au cours de sa carrière de très nombreuses maisons particulières aux élégantes façades influencées surtout par l'Art nouveau, mais aussi par les styles anglo-normands et flamands, ou la brique traditionnelle de la région était agrémentée de céramiques et de briques vernissées. Le Mondial Cinéma fut créé en 1909 par Gustave Duthoit, un cafetier de la rue des Postes ainsi que l'atteste l'annuaire local Ravet-Anceau. Selon sa nièce, Gustave Duthoit avait fait des projections cinématographiques dans l'arrière-salle de son estaminet et leur succès l'avait déterminé à construire un cinéma en plein cœur de Wazemmes. On ignore toutefois comment il put réunir les fonds nécessaires à la construction d'un pareil établissement ; ses parents, il est vrai, avaient tenu une sorte de bazar-épicerie, rue des Postes également, où l'on trouvait de tout ou presque. Gustave Duthoit quitta le Mondial Cinéma dans les années trente et l'établissement fonctionna jusqu'à la fin des années soixante. Il fut transformé ensuite en mairie de quartier, puis en bureau de poste et acheté par la municipalité qui envisage d'y installer un commissariat de police (2007). De la salle, il ne reste rien, mais la façade a été conservée. »

Jean-Jacques Meusy, « Cinémas de France 1894 – 1918 », Arcadia éditions.




Un bel hommage page 211 : « Nous avons vu, avec l’exemple de Gabriel Pagnerre, architecte du Mondial Cinéma de Lille-Wazemmes, que certains pouvaient être très talentueux ».



Le dimanche 21 septembre 2014, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, un circuit de découverte en bus a emmené une cinquantaine de participants à la découverte des œuvres de Gabriel Pagnerre dans la métropole lilloise. Un arrêt devant le cinéma le Mondial a permis à chacun de se rendre compte de la difficulté en ce jour symbolique de donner du sens aux mots. Cette construction emblématique est dans un état lamentable, elle a survécu heureusement à de nombreux programmes de "réhabilitation" dans le quartier. Malgré nos interventions auprès des élus ... le temps continue son travail destructeur. A noter qu'une moitié des participants étaient des adhérents de l'Association de Sauvegarde de la Villa Cavrois, dont le président Jean-Pierre May. Une association, dont le combat n'a pas été vain, un signe d'espoir ?







Plus que centenaire, des vitraux, des gravures, des sgraffites ont résisté aux multiples agressions du temps et de l'indifférence. Il serait désastreux de voir disparaître ce superbe patrimoine, rare représentant de l'art Déco géométrique à Lille.



Sur son site Jacques Lassere publie plusieurs photos de constructions de Gabriel Eugène Pagnerre, au milieu de plus de 2 000 références ! Dont voici les clichés qu'il a effectué de la façade de ce cinéma.




Les vues ci-dessus et ci-dessous montrent l'existence d'une rambarde modifiée, au dernier étage



Les autres clichés ci-dessous ont été pris le jeudi 7 juillet 2016











Dessins et plans


Dessin de Mickael Funari, architecte, en 2015

Ce dessin de la façade et le plan ci-dessous datent de l'époque au un bureau de poste avait été installé au rez-de-chaussée.


En jaune la partie subsistante, en rouge l'ancienne salle du cinéma dans le jardin actuel de la maison de retraite

Clichés du 10 août 2016
© Jacques Desbarbieux



L'arrière de l'ancien cinéma est maintenant occupé par le jardin d'une maison de retraite





















Découverte sur place : Guy Selosse à gauche et le Docteur Olivier Berthoud