Le cinéma Le Mondial 90 rue Racine à Lille
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Ci-dessus en juin 2008, pour le centenaire de la construction de ce cinéma : Francis Pagnerre (petit fils de l'architecte) et Monique (son épouse) devant Le Mondial à Wazemmes. Ci-dessous : Avec Jacques Desbarbieux au centre. Quelques documents historiques Situé au 90 rue Racine dans le quartier populaire de Wazemmes, le Mondial a été l'une des plus belles salles de la région. L'architecture tant intérieure qu'extérieure est originale et la façade a (pour l'instant) été conservé. C'est un véritable lieu de mémoire pour les habitants du quartier et il est étonnant que pour l'instant, le bâtiment n'est pas revenu à sa fonction originelle, proposer du cinéma dans un quartier où il ne souffrira d'aucune concurrence. Ouvert en 1909, ce cinéma continua de fonctionner jusque dans les années 70 avant de devenir une solderie, puis la mairie de quartier de Wazemmes avec une antenne du service d'urbanisme et finalement un bureau de poste. En 1934, une caravane publicitaire stationne devant le Mondial Cinéma à l'occasion de la sortie du film du même nom. On peut remarquer les vitraux des portes d'entrée 25 ans après la construction du bâtiment toujours dans leur état d'origine de 1909. Deux clichés de la salle de spectacle, dans les années 60, remaniée pour correspondre aux standards de l'époque. Le Mondial Cinéma, à l'époque où il été devenu la mairie de quartier de Wazemmes. Cliché des archives municipales de Lille aimablement communiqué par Jacinthe Francois (Service Valorisation et Médiation patrimoniale - Direction du Patrimoine culturel et Culture en Ville). L'installation d'un commissariat y fut envisagé. Après une longue période de léthargie sa renaissance a démarré au XIXe siècle, permettant de préserver la superbe façade. Une grande partie de la surface et principalement de l'ancienne salle de spectacle a été amputée au profit de l'EHPAD mitoyen. L'idée d'installer une crèche au rez-de-chaussée a pu trouver une solution malgré une superficie réduite avec un accord multi-générationnel entre la résidence de personnes âgées et la structure enfantine. A l'étage les lieux ont été modifiés en résidence de tourisme avec 6 appartements. Dessins et plans Dessin de Mickael Funari, architecte, en 2015 Ce dessin de la façade et le plan ci-dessous datent de l'époque au un bureau de poste avait été installé au rez-de-chaussée. En jaune la partie subsistante du bâtiment qui donne sur la rue Racine, qui correspond à l'ancienne entrée du cinéma Le Mondial. En rouge l'emplacement de l'ancienne salle du cinéma (reproduite en cartouche) dans le jardin actuel de la maison de retraite, avec une sortie sur l'arrière vers la rue Guillaume Apollinaire. Un des trois cinémas de Gabriel Pagnerre Ce cinéma est le premier construit par Gabriel Pagnerre, suivront " Les Variétés Fivoises " à Lille-Fives et " Le Familia Palace " à Croix, deux salles réalisées en 1926.
Ci-dessus la plaque de l'architecte, enduite de peinture, et ci-dessous un des beaux sgraffite qui a survécu aux agressions.
Les Ambassadeurs de Wazemmes ont publié ce document sur leur site
Jeanne Raynal-Duthoit, petite-fille du propriétaire, raconte : « Dès l’âge de 4 ans, lorsque maman me cherchait, j’étais au cinéma, au premier rang. Lors du passage de films « mélo », on distribuait des mouchoirs publicitaires où était inscrit : Un drame, des pleurs, de l’émotion, du sentiment. Entre les scènes, il y avait des cartons d’explication que les spectateurs lisaient à voix haute, c’était bruyant… Au temps du muet, le bruit de la salle couvrait parfois le son du piano ou de l’orgue électrique… A l’arrivée du cinéma parlant, en 1933, avec le film King Kong : il y avait un monde fou…les gens revenaient plusieurs fois, c’était un événement énorme ! La place à 4 F (place réservée) 2 F 50 en seconde et 1 F pour les enfants permettait de voir : un grand film, une attraction (des acrobates, des chanteurs, un dessin animé, et des actualités).
Un chercheur au CNRS, qui nous avait contacté, a publié un ouvrage répertoriant les salles de cinéma. Nous lui avons fourni de la documentation qui figurent dans son ouvrage.
Merci à Monsieur Olivier Joos qui nous permets de reproduire la page de son site consacré au cinéma Le Mondial construit par Gabriel Pagnerre.
Dans cette liste, des premiers cinémas construits à Lille, sont cités par Didier Granval, deux constructions de Gabriel Pagnerre : Le Mondial Cinéma au 90 rue Racine et les Variétés Fivoises au 2 rue de Bouvines. Un troisième cinéma, également du même architecte, a fonctionné dans le Cirque Hippodrome de Tourcoing.
Didier Granval, co-auteur avec Olivier Joos du livre sur les cinémas du Nord et Pas-de-Calais
Il est à signaler que ce cinéma est l'un des premiers construits pour faire strictement du cinéma dans la région. En effet, à la Belle Epoque, les cinémas fixes sont uniquement des créations antérieures à l'arrivée des images animées. Il s'agit d'un théâtre transformé (comme à Lens) ou de l'utilisation d'un cirque en dur, d'un bâtiment qui, à l'origine, n'était pas prévu pour faire cinéma.
Voici un extrait issu des pages 158 et 159 de l'ouvrage de Jean-Jacques Meusy consacré aux cinémas de la Belle Epoque. L'historien, chercheur au CNRS, consacre un paragraphe au Mondial dans lequel il décrit notamment la salle à l'aide d'une carte postale reproduite ci-dessus.
« Le Mondial Cinéma se trouvait à Lille-Wazemmes, au 90 de la rue Racine. Wazemmes est un ancien village situé à un kilomètre du centre de Lille (217807 habitants en 1911) qui fut rattaché à cette ville sous le Second Empire. C'était un quartier populaire, ouvrier même, avec ses brasseries et ses filatures. Le raffinement du Mondial, dû à un talentueux architecte local, Gabriel Pagnerre, n'est est que plus surprenant. La salle était vaste (1020 places) et conçue comme un music-hall avec ses promenoirs. Le parterre, apparemment dépourvu de déclivité, n'était pas très favorable à une vision aisée de l'écran, quoique celui-ci ait été placé légèrement en hauteur. Les fauteuils du balcon faisaient face à la scène, mais il n'en était pas de même pour les loges. Reconnaissons que, malgrè l'absence de symétrie à droite, le galbe des balustrades, formant des vagues successives, était d'un fort bel effet. A droite de la scène, un grand meuble de bois semble être un orchestrion. De chaque côté de la scène étaient peintes avec talent et dans un style très dépouillée de jeunes danseuses. Au-dessus de l'écran, les lettres entrelacées « MC » n'étaient autres que les initiales de l'établissement. Couronnant le cadre de scène, masques et flûte de pan en bas-relief évoquaient plutôt la tradition théâtrale que le cinéma. Au-dessus encore, peint sur l'arrondi de la voûte, un homme dans un canot pagayait sur des flots houleux où l'inscription « Mondial cinéma » épousait le mouvement des vagues. Au bord du rivage, deux femmes paraissaient jouer de la musique... Même si elle tenait peu compte des contraintes propres au cinéma, la conception esthétique générale de la salle semblait marquée par les idées modernistes que professait Gabriel Pagnerre. Ce dernier construisit au cours de sa carrière de très nombreuses maisons particulières aux élégantes façades influencées surtout par l'Art nouveau, mais aussi par les styles anglo-normands et flamands, ou la brique traditionnelle de la région était agrémentée de céramiques et de briques vernissées. Le Mondial Cinéma fut créé en 1909 par Gustave Duthoit, un cafetier de la rue des Postes ainsi que l'atteste l'annuaire local Ravet-Anceau. Selon sa nièce, Gustave Duthoit avait fait des projections cinématographiques dans l'arrière-salle de son estaminet et leur succès l'avait déterminé à construire un cinéma en plein cœur de Wazemmes. On ignore toutefois comment il put réunir les fonds nécessaires à la construction d'un pareil établissement ; ses parents, il est vrai, avaient tenu une sorte de bazar-épicerie, rue des Postes également, où l'on trouvait de tout ou presque. Gustave Duthoit quitta le Mondial Cinéma dans les années trente et l'établissement fonctionna jusqu'à la fin des années soixante. Il fut transformé ensuite en mairie de quartier, puis en bureau de poste et acheté par la municipalité qui envisage d'y installer un commissariat de police (2007). De la salle, il ne reste rien, mais la façade a été conservée. »
Jean-Jacques Meusy, « Cinémas de France 1894 – 1918 », Arcadia éditions.
Un bel hommage page 211 : « Nous avons vu, avec l’exemple de Gabriel Pagnerre, architecte du Mondial Cinéma de Lille-Wazemmes, que certains pouvaient être très talentueux ».
Le dimanche 21 septembre 2014, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, un circuit de découverte en bus a emmené une cinquantaine de participants à la découverte des œuvres de Gabriel Pagnerre dans la métropole lilloise. Un arrêt devant le cinéma le Mondial a permis à chacun de se rendre compte de la difficulté en ce jour symbolique de donner du sens aux mots. Cette construction emblématique est dans un état lamentable, elle a survécu heureusement à de nombreux programmes de "réhabilitation" dans le quartier. Malgré nos interventions auprès des élus ... le temps continue son travail destructeur. A noter qu'une moitié des participants étaient des adhérents de l'Association de Sauvegarde de la Villa Cavrois, dont le président Jean-Pierre May. Une association, dont le combat n'a pas été vain, un signe d'espoir ?
Plus que centenaire, des vitraux, des gravures, des sgraffites ont résisté aux multiples agressions du temps et de l'indifférence. Il aurait été désastreux de voir disparaître ce superbe patrimoine, rare représentant de l'art nouveau géométrique à Lille.
Sur son site Jacques Lassere publie plusieurs photos de constructions de Gabriel Eugène Pagnerre, au milieu de plus de 2 000 références ! Dont voici les clichés qu'il a effectué de la façade de ce cinéma.
Les vues ci-dessus et ci-dessous montrent l'existence d'une rambarde modifiée, au dernier étage
Les autres clichés ci-dessous ont été pris le jeudi 7 juillet 2016
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