Gabriel Pagnerre a construit plusieurs cinémas dans la métropole lilloise.
En 1909, le " Mondial Cinéma " au 90 rue Racine à Wazemmes, en 1926, le " Familia-Palace " au 39 /41 rue de la gare à Croix et également en 1926 les " Variétés Fivoises " à l'angle des rues de Bouvines et Castiglione à Lille-Fives.
Ce dernier cinéma, le seul des 3 qui soit disparu, a été construit en 1911 pour Paul Leleu, qui était déjà propriétaire de 4 autres établissements. Il se situait à l'angle des 2 rue de Castiglione et 2 (noté parfois au n°4) rue de Bouvines, juste à côté de la mairie annexe.
En 1926 Gabriel Pagnerre dépose un permis de construire pour un agrandissement avec transformation de l'intérieur ainsi que des façades.
Son activité cessera en 1972, remplacé par un parking, après 61 années d'exploitation.
La façade du cinéma " Les Variétés Fivoises " en août 1923, avant sa transformation dans le style art déco, 3 ans plus tard, par Gabriel Pagnerre. Au programme en 1923, trois films muets en noir et blanc : La Flambée, Un bon petit diable et Londres la nuit.
D'après les œuvres projetées on peut dater cette carte postale.
Un bon petit diable est un film français muet en noir et blanc de 49 minutes. Cette comédie d'après la comtesse de Ségur, réalisée par René Leprince est sortie le 17 août 1923, avec Jeanne Bérangère dans le rôle de Madame MacMiche et Jean Rauzéna dans celui de Charles McLance.
Londres la nuit, dont le titre original est Cocaïne, est un drame muet, d’une durée 1h20.
Ce film du réalisateur Graham Cutts est sorti au Royaume-Uni en mai 1922 et un an plus tard en France.
La Flamme (titre original : Die Flamme, autre titre : Montmartre) est un film allemand réalisé par Ernst Lubitsch de 1923. Il semble que ce film est également sorti avec un autre titre : La Flambée.
La salle des " Variétés Fivoises ", ou Palais Cinéma était aussi utilisée comme salle de concert et d'attractions. Le directeur Paul Leleu était également propriétaire de : " La Table Ronde " inaugurée en 1903, le " Royal Cinéma " créé en 1906, " L'Eldorado " ouvert en 1908 et une autre salle à Hellemmes.
La salle de cinéma inaugurée en 1911
La modification de la façade du cinéma " Les Variétés Fivoises " sur des plans de Gabriel Pagnerre datés du 22 mai 1926
L'intérieur avec le bar et la caisse à bonbons à gauche
La façade subira une troisième transformation (entre 1935 et 1939) avec la pose de plaques de marbre.
Les films " Touche à tout " et " Dernière rumba " qui sont au programme en lettres métalliques sur la façade du cinéma, sont sortis en 1935.
A droite Paul Leleu junior, avec à ses côtés sa mère Camille et son père Paul Leleu senior.
Le film " Traqués dans la jungle " figurant sur la dernière façade date de 1933. Il s'agit donc certainement d'une reprise à la sortie de la guerre d'un ancien succès.
La façade subira un rajeunissement, entre 1935 et 1939, où l'on retrouve le style de Gabriel Pagnerre, notamment dans la typographie de l'inscription avec la position des barres des lettres E.
Sur la photo ci-dessus, prise à la libération en 1945, au niveau des portes d'entrée, on remarque la base 3, si chère à cet architecte.
Les plans de 1926
Ces plans issus des archives municipales de Lille (AML), ont été déposés pour la demande d'un permis de construire (PC 3993 - 1T/3932) en 1926. Ils ont été dressés par l'architecte Gabriel Pagnerre le 22 mai 1926 pour la modernisation l'ancien cinéma de Paul Leleu : agrandissement avec transformation intérieure et modification des façades.
Plan n° 1 du Cinéma " Les Variétés Fivoises " à Fives-Lille, propriété de Monsieur Paul Leleu. Plans divers.
Plan du sous-sol sous le hall d'entrée
Plan n° 2 du parterre de la salle de cinéma
Plan n° 3 avec la coupe de la salle de cinéma axe AB
Plan n° 4 de la propriété de P. Leleu, avec les coupes C-D, E-F et G-H, ainsi que le dessin de la façade côté rue de Bouvines
Tampon de l'architecte du 5 juin 1926, à côté de sa signature sur les plans datés du 22 mai 1926.
Cinémas de quartier :
Les Variétés Fivoises, star des salles lilloises
Un article de Lakdar Belaid paru dans la Voix du Nord du jeudi 14 août 2025, dans la série estivale, qui complète celui paru le 9 août 2025 sur le cinéma Le Mondial.
La salle des Variétés Fivoises, salle de cinéma, également dédiée aux concerts et aux attractions.
Le 1 er octobre 1903 à Lille, la rue de Béthune connaît une double révolution. À l’angle avec la rue de la Vieille Comédie, les frères Paul et Gustave Leleu y ouvrent la Table ronde, leur premier cinéma. Ces bâtisseurs l’ignorent, mais ils impriment profondément la géosociologie locale. Jusqu’à aujourd’hui, la rue de Béthune demeure « le » secteur des salles obscures.
À la Table ronde, assis sur des bancs de bois, les spectateurs paient quinze centimes pour consommer des films muets et… un demi de bière. Un petit orchestre accompagne les projections, alors muettes. Trois ans plus tard, le duo crée le Royal Leleu, rue Pierre Legrand. Dans le quartier Saint-Sauveur, un autre cinéma, l’Eldorado, finira, lui, en cendres. Les films sont particulièrement inflammables à cette époque.
Le Palais Cinéma
Une quatrième salle naîtra aussi à Hellemmes. Huit ans après la Table ronde, en 1911, au 2 rue de Bouvines dans le quartier de Fives, Paul et Gustave Leleu inaugurent un nouveau grand cinéma : les Variétés Fivoises, une salle également dédiée aux concerts et aux attractions.
Le succès est vite au rendez-vous. Au point de voir la direction annoncer « de grandes transformations ». « Une buvette pour les grands, un comptoir de bonbons pour les petits, des programmes superbes pour tous, voilà les objectifs principaux sur lesquels M. Leleu porte tous ses efforts pour la saison 1926-1927 , promet une réclame. De charmantes soirées de repos et d’amusement. »
Également nommé Palais Cinéma, le lieu est alors revisité par Gabriel Pagnerre. Talentueux architecte de Mons-en-Barœul, Pagnerre s’est spécialisé dans la construction de ces nouveaux lieux de loisirs. Il en compte déjà plusieurs à son actif, comme le Mondial à Wazemmes.
Dancing
Rue de Bouvines, la patte de Pagnerre se fera sentir à l’intérieur comme à l’extérieur de l’établissement. Les Variétés Fivoises seront agrandies. La façade sera modifiée. Elle connaîtra un nouveau rafraîchissement entre 1935 et 1939, avec la pose de plaques de marbre. Les titres des films sont affichés par des lettres de métal. En septembre 1928, les Leleu enrichissent la rue de Bouvines d’un dancing, le Fiviana, au numéro 6.
Que reste-t-il aujourd’hui de cet héritage si populaire ? Pas grand-chose… Poste de secours pendant la Deuxième guerre mondiale, le Fiviana fonctionnera jusqu’aux années 1960. Son immeuble jouxte maintenant une boulangerie-pâtisserie nommée (clin d’œil ?) le Palais des Dames, au numéro 4.
Le Palais des Dames
Et les Variétés Fivoises ? Elles n’existent plus. Fermée en 1972, la salle finira par être détruite.
Aujourd’hui, la palissade qui la remplace a une vague allure d’écran de cinéma en plein air.
Sources : Le Canard de Fives (Pascal et Xavier Labbée) ; les défenseurs de la mémoire de Gabriel Pagnerre.