Le style très éclectique de Gabriel Pagnerre, nous permet de traverser les grands courants architecturaux du début du XXe siècle, de l'Art Déco géométrique bruxellois, en passant par le régionalisme, la période Art and Crafts pour aboutir au modernisme. Il sera précurseur dans de nombreux domaines, réalisant par exemple des rues entières de type HBM bien avant la loi Loucheur, projetant des maisons ouvrières et l'emploi du béton armé dès 1912, concevant la même année une œuvre d'art totale.
Nathalie Ponchel, architecte qui a beaucoup œuvré pour la reconnaissance de Gabriel Pagnerre a dit de lui :
Il est l'équivalent au niveau régional d'architectes mondialement connus comme Le Corbusier ou Mallet-Stevens. Deux architectes qu'il admirait. Il fera venir Le Corbusier à Lille en juillet 1933, et appuyera la candidature de Robert Mallet-Stevens à la direction de l'Ecole des Beaux Arts de Lille.

Des Pagnerres à la pelle !


Après Guy Selosse qui vient de nous dénicher une nouvelle réalisation de Gabriel Pagnerre à Tourcoing, c'est notre deuxième fin limier Mickael Funari qui nous conduit dans le quartier des Bois Blancs à Lille où de nombreuses constructions portent la marque de Pagnerre. Avec notamment celle située au n° 41 de la rue Championnet (ci-dessous).


Mickael Funari, nous a conduit également vers d'autres constructions dans le quartier de Lille-Moulins, comme cette maison au n° 9 rue de Maubeuge (ci-dessous). Plusieurs éléments sont caractéristiques des réalisations de Gabriel Pagnerre, comme les motifs dans la ferronnerie du balcon, la présence des 3 bandes cachées par la peinture, les pilastres, la lucarne, etc. 

Redécouvrons l'Art Nouveau


La revue Le Nord publie dans son numéro de décembre 2015 ce document sur l'art nouveau dans la région où il est question d'un certain Gabriel Pagnerre ... mais rien sur deux œuvres menacées : le cinéma le Mondial à Lille-Wazemmes, ou la Maison du Peuple à Halluin qui mériteraient qu'on s'y attarde !




Et encore une Pagnerre de plus


Celle-ci vient d'être découverte par Guy Selosse, elle est située au 63 rue Cœur Joyeux à Tourcoing. C'est donc la deuxième construction de l'architecte que nous avons pu identifier dans cette ville.


La maison, qui ne possède pas de plaque, est imposante et a l'air un peu lourde manquant d'élégance, mais l'architecte a affiché à profusion en façade tous les symboles qui lui sont chers et qui feront ultérieurement sa caractéristique, tel le parement de la façade qui est en briques grises (vernissées ?) comme nous le connaissons sur de nombreuses maisons de sa production. Il s'agit d'une demeure très bourgeoise.



On retrouve également de nombreux éléments en base triple ou multiple de trois comme les triples bandes de briques rouges, les triples stries dans le parement du sous-bassement ou en décoration de façade, le volume de l'habitation en trois travées avec l'entrée et sans doute l'accès aux étages au milieu, la maison se déclinant avec un entresol (souvent réservé à la domesticité ou à de petits ateliers), le trio de fenêtres mansardées avec une casquette assez débordantes, la triple arcade de l'imposte de la porte d'entrée, etc.

Les ferronneries des rambardes des fenêtres et balcons ne sont pas très caractéristiques et plutôt richement ouvragées, communes de l'époque. Peut être peut-on y voir une adhésion non encore aboutie à l'art déco naissant même si certaines formes arrondies dans les menuiseries des fenêtres y font référence. 



On trouvera effectivement ultérieurement des grilles aux motifs beaucoup plus épurés et reprenant souvent le symbole de la "clé". Ce qui est le pus caractéristique est cette "clé" verticale qu'on retrouve gravée dans la décoration du sous-bassement aussi bien que dans les jambages du balcon ou les impostes de fenêtres.



On remarquera aussi la forme caractéristique des appuis de fenêtres surtout celui de la fenêtre médiane au premier étage, avec sa goulotte d'écoulement des eaux. Et que dire des sgraphites qui décorent le haut de la façade, et des trois points qui viennent ponctuer celle-ci en son centre.



On peut attribuer cette construction à Gabriel Pagnerre sans trop se tromper car il y a trop d'éléments concordants. Il s'agit sans doute d'une réalisation de début de carrière où le jeune architecte éprouve un peu maladroitement encore et sans discernement le besoin d'étaler ostensiblement tous les symboles qui lui sont chers. La maison n'est pas plaquée, étonnant vu sa taille car elle est située dans l'immédiat quartier de la gare de Tourcoing, lequel lors de son urbanisation devait certainement s'avérer être plein de promesse ce qui ne s'est pas vraiment effectivement réalisé. C'est donc que les plaques : soit plus tardivement avaient déjà été interdites, soit plus vraisemblablement que la référence à un cabinet de Mons-en-Barœul à fortiori de Lille n'était pas encore de mise ou valorisante. Cette maison est la seule de cette importance et de ce style dans le quartier.



Plus la météo est belle plus il pleut de Pagnerre !


Nous avons l'habitude de dire que certains jours de chance " qu'il pleut des Pagnerres ". En ce moment ce sont des averses quotidiennes, avec de nouvelles maisons de l'architecte qui sont (re)découvertes. Merci à nouveau à Mickael Funari qui nous a déniché cette splendide réalisation 61 rue Saint Etienne à Lille.





Une très belle remise en valeur


Cette construction, réalisée en 1925, rue Pasteur à Mons-en-Barœul, de l'architecte Gabriel Pagnerre est emblématique. Il s'agit de sa première tentative de modernisme dans le domaine privé. Située au 74 rue Pasteur, au milieu de nombreuses autres habitations de ce même architecte, elle a subi diverses fortunes. Cette habitation témoigne d'une période architecturale, richesse de notre patrimoine qui commence seulement à intéresser quelques particuliers. On pourrait comparer - toutes proportions gardées - avec le sort réservé à la Villa Cavrois de Mallet-Stevens, sortie de terre 7 années plus tard et dont le devenir a aussi suscité bien des inquiétudes, pour être enfin ouverte au public le 13 juin 2015.

Il existe d'autres œuvres de cette même influence, l'une sur le Grand Boulevard dite maison isotherme ou maison double, souvent attribuée à tort - mais quelle satisfaction - à Mallet-Stevens ou Le Corbusier, mais aussi des bâtiments publics comme les écoles de St Pol sur Mer et sa sœur jumelle d'Halluin détruite, tout comme le dispensaire également démoli à Halluin.
Un article paru, le 3 juin 2015, dans La Voix du Nord sous la plume d'Alain Cadet, résume les aléas de cette maison. Bravo pour cette belle rénovation. 


Mons-en-Barœul : Retour vers le passé pour une maison de Gabriel Pagnerre





Rue Pasteur, les réalisations de Gabriel Pagnerre sont très nombreuses. Elles ont été construites vers le milieu des années 1920 et correspondent à un tournant de la carrière de l’architecte nordiste. Mobilisé pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, Eugène Gabriel ne revient à Mons qu’en 1919. Tout a changé ! D’autres ont pris la place qu’il avait laissée libre. Les réparations de guerre ne sont pas à la hauteur des destructions commises par l’occupant. L’économie est au point mort. Gabriel Pagnerre est un collaborateur régulier de L’Enchaîné, hebdomadaire du parti communiste. Ses talents littéraires ne sont guère appréciés de sa riche clientèle d’avant-guerre.

L’architecte doit évoluer. Il entreprend des programmes de construction de maisons plus économiques que les belles « Bourgeoises » d’avant 1914. La rue Pasteur illustre parfaitement ce tournant avec ses petites maisons, différentes par un détail mais qui se ressemblent toutes. Toutes sauf une : celle du numéro 74.

C’est la première maison en béton armé qu’a osé l’architecte, et c’est probablement la première du genre construite dans la métropole lilloise. 

Avec son toit plat en terrasse, ses murs épurés et ses grandes ouvertures elle s’inscrit dans le courant du « style international » apparu en France au début des années 1920. Pagnerre a, toute sa carrière durant, épousé les courants modernes. Pendant la guerre, dans le génie militaire, il découvre le béton armé. Adoptant les matériaux nouveaux et « l’architecture fonctionnelle », il réalise des constructions novatrices, comme la maison isotherme de Marcq-en-Barœul (1929).

Mathilde et Richard, les actuels propriétaires du 74 de la rue Pasteur, ignoraient qu’ils habitaient une maison Pagnerre. Ils ne le savent que depuis six mois. « Je l’ai appris par le journal, raconte Mathilde. Ma mère a découpé l’article. Elle me l’a apporté. » Le couple adore sa maison, mais pourtant un détail le chagrinait. « Le revêtement en céramique qui recouvrait la maison était horrible, affirme Richard. C’est celui qu’on utilisait pour décorer les boucheries ! ».

Avec l’aide d’une étudiante et d’un logiciel, le couple dépose un permis de construire pour la rénovation de la façade. Ils optent finalement pour un béton brut qui met en valeur son dépouillement.
Le résultat est très proche de ce que devait être la maison à son origine. Et la bâtisse conserve ainsi l’esprit de son concepteur : à la fois moderne et contemporain. A. C. (CLP)






Des nouvelles Pagnerre découvertes à Lille


Nous n'avions que peu de constructions répertoriées de Gabriel Pagnerre à Lille, surtout dans le quartier de Fives - Hellemmes. Ceci pouvait sembler paradoxal, compte tenu qu'à partir de 1923, il y installe son cabinet d'architecture place de la République.

Un architecte vient de nous identifier toute une série de constructions, qui ont plus qu'un air de ressemblance, dans le quartier de Wazemmes. Nous connaissions bien entendu le cinéma Le Mondial, rue Racine et sa superbe façade art déco qui se dégrade, ce dont la ville de Lille ne semble guère s'émouvoir. Cela nous rappelle par trop une déclaration de Pierre Mauroy, assurant que la Villa Cavrois n'avait aucun intérêt ! Etonnant parallèle à un moment où justement cette construction emblématique de Mallet-Stevens va devenir un lieu touristique incontournable de la métropole lilloise. (Voir le site des Amis de la Villa Cavrois, qui est également géré par Eugénies).

Mickaël Funari nous décrit sa dernière trouvaille lilloise : " Il m'a semblé voir un " pagnérisme ", rue de Maubeuge à Lille. La façade à été grossièrement repeinte, il est donc difficile de retrouver tous les éléments de composition qui aurait pu confirmer mon intuition. Cela dit les gardes-corps sont en bon état et on arrive a distinguer certains appareillages de brique malgré la peinture. On note par exemple des différences de texture entre les lits de briques sous l'arc de la baie du rez-de-chaussée qui laisse supposer une alternance de couleur ... "




Auparavant il nous avait mis sur la piste d'un superbe ensemble à l'angle du Boulevard Montebello et de la rue Jean du Solier. 





Nous avons poursuivi sur ce boulevard pour dénicher une ancienne échoppe d'artisan boulanger, devenue un estaminet, qui possède des coffres de gouttières très originaux, avec des pelles de boulanger. Ces éléments sont à comparer avec les cabines de bains situées sur les gouttières des maisons d'Armentières. Cette construction serait classée (sans doute plutôt inventoriée) d'après son propriétaire. Son enseigne actuelle " Brasserie Coup de cœur " est tout un symbole. Elle se situe juste en face du lycée Européen Montebello.



A noter aussi une façade typiquement de style Pagnerre rue d'Esquermes (ci-dessous)


La Légion d'Honneur de Pagnerre




Gabriel Pagnerre a été nommé Chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur, le 20 juin 1920, à titre militaire.
C'est en février 1921 qu'aura lieu la remise officielle de l'étoile à cinq rayons doubles, émaillée de blanc, surmontée d'une couronne de chêne et de laurier, avec la devise " Honneur et Patrie " inscrite au revers. Cet extrait du journal L'Egalité de Roubaix Tourcoing, daté du 21 février 1921, nous apprend que c'est principalement pour un fait d'armes survenu au tunnel de Tavannes à Verdun en août 1916. On sait que Gabriel Pagnerre venait de changer d'arme pour passer, sur sa demande, du 8ème régiment d'infanterie (basé sur le secteur de Dunkerque) au 1er régiment de génie (situé sur le front à Verdun). Le tunnel de Tavannes a été le siège d'une terrible catastrophe, le 4 septembre 1916, avec le décès de plus d'un millier de soldats pris au piège d'une explosion accidentelle. Cet événement a été longtemps occulté pour des raisons stratégiques.

Voir, en cliquant ici, les pages consacrées au parcours de Gabriel Pagnerre durant le premier conflit mondial, dans la brochure " Le centenaire de la guerre 1914-1918 à Mons-en-Barœul "


Des Pagnerres en beauté



Il faut saluer le bel effort de mise en valeur de plusieurs constructions de Gabriel Pagnerre sur la commune de Mons-en-Barœul. Le premier cabinet d'architecture a vu ses boiseries repeintes, la façade de la villa du n° 200 a été très bien rénovée et la grande surprise est pour la première construction moderniste de Gabriel Pagnerre. Située rue Pasteur elle avait été dégradée avec l'ajout de briques de parements jaunâtres. Les nouveaux acquéreurs ont fait une retouche qui renoue avec la volonté première de l'architecte. Bravo.
Ci-dessous les superbes vitraux de la maison du 176 rue du Général de Gaulle, alors que sa voisine symétrique (celle qui possède l'une des 4 plaques Pagnerre Mons-en-Barœul) pourtant habitée par des architectes a vu son intérieur complètement détruit ...



La brochure " Le Vert Cottage "



Mons-en-Barœul : les historiens d’Eugénies éditent des livrets sur le patrimoine de la commune

Publié le 2 avril 2016 dans l'édition internet de la Voix du Nord et le dimanche 3 avril dans l'édition imprimée, sous la plume d'Alain Cadet.

Deux membres de l’association Eugénies, Jacques Desbarbieux et Guy Selosse sont très prolifiques en matière d’histoire locale. Ils travaillent à la rédaction de petites brochures en couleurs sur l’histoire et le patrimoine de la ville.


C’est la troisième publication, réalisée en quelques mois, qui vient de sortir. Il s’agit d’une monographie sur le « Vert Cottage » qui fut à la fois la demeure et le cabinet d’architecte d’Eugène Gabriel Pagnerre. C’est sans doute une des plus belles maisons de la commune. Jacques Debarbieux et Guy Selosse, passionnés par l’histoire locale, et le patrimoine architectural, culturel et artistique de la région, travaillent toujours en duo.

Chaque mardi, ils se réunissent. Au programme : faire le point des derniers documents trouvés, échanger les dernières informations, peaufiner les textes écrits chacun de son côté. Puis vient le temps de la mise en page et du traitement : les photos changent de dimension, les textes s’ajustent, jusqu’à ce que la publication soit prête à partir chez l’imprimeur (8 € euros pour 36 pages couleurs en format A5 sur un luxueux papier glacé).

La formule est au point. Elle rencontre un certain succès auprès du public. Le livret concernant le « Vert Cottage » vient de paraître tandis que d’autres sont déjà en préparation comme celui sur l’architecte Henri Chomette, le créateur du Nouveau Mons.

Documentation rare


« Il était tentant de réaliser cet ouvrage sur le Vert Cottage, confient les deux auteurs. Nous possédions toute la documentation nécessaire et nous étions les seuls à la détenir. » C’est Gabriel Pagnerre, lui-même, qui avait constitué un dossier très complet sur la construction de sa maison. Ces documents étaient restés sur place pendant un siècle jusqu’à ce qu’un propriétaire, Hervé Raby, en fasse don à l’association Eugénies.


« Cette brochure correspond aussi à un besoin du public, poursuivent Jacques Desbarbieux et Guy Selosse. À chaque fois que nous organisons un circuit de visite dédié à Gabriel Pagnerre, on trouvait toujours quelqu’un pour regretter de ne pouvoir pénétrer dans cette maison. Comme c’est un lieu privé, la chose n’est pas possible. Avec ce livret, nous pourrons offrir un travail qui donne une idée des différents aspects de ce lieu remarquable. »


Le Vert Cottage en avance sur son temps

Cette maison a été construite juste avant la Première Guerre mondiale, en 1912. Elle a été réalisée dans le style arts and craft, très utilisé en Angleterre et en Belgique. Construite sur trois niveaux avec six chambres et trois salles de bains, cette maison est l’archétype de la grande demeure bourgeoise du début du XXe siècle. Sa décoration d’époque, avec quelques éléments art déco et un mobilier dessiné par l’architecte lui-même, en fait un lieu très représentatif de cette période.


Mais que le l’on ne s’y trompe pas. Pour réaliser leur publication, les deux auteurs ont visité soigneusement le « Vert Cottage » du grenier à la cave. C’est ainsi qu’ils ont découvert que la structure de la maison était en réalité constituée de béton armé (lire ci-dessous). Ce qui fait de cet immeuble une réalisation à l’avant-garde du progrès technique de son époque. A. C. (CLP)